Un couple de seniors et leur fille adulte regardent ensemble des papiers de famille sur la table du salon
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Héritage des baby-boomers : 9 000 milliards en jeu

Par Équipe EasyEnd

Près de 9 000 milliards d'euros vont changer de mains en France d'ici 2040. Voici ce qui est vrai, ce qui ne l'est pas, et ce que vous pouvez faire simplement pour vous préparer à ce grand héritage des baby-boomers.

D'où vient ce chiffre de 9 000 milliards ?

Des notaires eux-mêmes. Dans leur livre blanc Horizon 2040, présenté en mai 2026, les notaires de Paris annoncent « une "grande transmission", avec près de 9 000 milliards d'euros de patrimoine transmis d'ici 2040 ». Ce sont eux qui règlent les successions : ils sont bien placés pour voir arriver la vague.

9 000 milliards
d'euros de patrimoine transmis en France d'ici 2040

Source : Chambre des notaires de Paris, livre blanc Horizon 2040, mai 2026

Trois raisons à cette vague. Cette génération est nombreuse. Elle est propriétaire de son logement dans trois cas sur quatre. Et les prix de l'immobilier ont beaucoup monté pendant qu'elle remboursait.

Une précision utile, parce que c'est le sujet de cet article : les estimations ne disent pas toutes la même chose. La plus récente et la plus détaillée, celle de BPCE L'Observatoire (avril 2026), chiffre à 6 246 milliards ce qui se transmettra entre 2026 et 2040, donations comprises, pour 10,7 millions de décès. Les périodes et les périmètres diffèrent, mais l'ordre de grandeur, lui, ne bouge pas : plusieurs milliers de milliards, la plus grosse transmission jamais vue en France.

Ce que l'État prélève là-dessus est beaucoup plus modeste qu'on ne le croit. Les droits de succession et de donation ont rapporté 20,7 milliards d'euros en 2025, dont 16,2 sur les successions. Rapporté à ce qui se transmet chaque année, on est de l'ordre de 5 %.

C'est un vrai sujet de société. Ce n'est pas, pour autant, une raison de s'inquiéter pour votre propre famille. La suite explique pourquoi.

La France taxe-t-elle vraiment le plus l'héritage ?

Sur le papier, elle fait partie des pays qui affichent les taux les plus élevés : jusqu'à 45 % entre parents et enfants, et 60 % pour une personne qui n'est pas de la famille.

Sauf qu'un taux affiché n'est pas ce que l'on paie. Deux choses s'intercalent avant.

Un abattement de 100 000 € par parent et par enfant. Chaque enfant retire cette somme de sa part avant le moindre calcul. En dessous, il ne paie rien du tout.

Un barème progressif. Les 45 % ne commencent qu'au-delà de 1 805 677 € reçus par enfant, après l'abattement. La tranche qui concerne presque tout le monde est celle à 20 %.

Un exemple. Un enfant qui reçoit 250 000 € retire ses 100 000 €, puis paie environ 28 200 € sur le reste. C'est une somme, mais on est loin des 45 %.

Et surtout, la plupart des familles ne sont pas concernées du tout.

85 %
des héritages reçus sont inférieurs à 100 000 €

Source : Observatoire des inégalités, données INSEE 2024

Autrement dit : dans 85 % des cas, ce qui est reçu passe sous l'abattement d'un enfant. Pour un enfant, il n'y a alors aucun droit à payer. Ce qui fait basculer une succession, c'est presque toujours la présence d'un logement.

Vos enfants paient-ils une seconde fois quand ils vendent ?

C'est l'idée fausse la plus partagée du moment : « vous mourez, l'État prend ; vos enfants vendent, il reprend 7 à 8 % ».

Non. Elle est fausse sur les deux points.

Ces frais sont payés par l'acheteur, pas par vos enfants. Ce qu'on appelle couramment les frais de notaire est composé pour l'essentiel de droits de mutation. Ils sont supportés par celui qui achète, pas par celui qui vend. Vos héritiers qui revendent la maison ne les paient pas.

Et ils valent 5,09 % à 6,32 % du prix en 2026, selon le département. Jamais 7 à 8 %.

Reste l'impôt sur le bénéfice de la revente, ce qu'on appelle la plus-value. Là encore, la règle protège les héritiers.

Au moment de la succession, les héritiers doivent indiquer au fisc ce que vaut la maison au jour du décès. C'est ce que fait la déclaration de succession, préparée en pratique par le notaire. C'est cette valeur, et pas le prix payé par le défunt trente ans plus tôt, qui sert de point de départ au calcul du bénéfice.

Un exemple. La maison avait été achetée 90 000 €. Elle en vaut 300 000 € au décès, c'est ce montant qui est déclaré. Les héritiers la vendent 310 000 € l'année suivante : le bénéfice imposable n'est pas de 220 000 €, mais de 10 000 €.

Ce qui reste réellement à la charge des vendeurs : les diagnostics, l'éventuelle commission d'agence, et le remboursement du prêt en cours.

Et si les héritiers gardent le bien longtemps, la question s'efface d'elle-même : l'impôt sur la plus-value disparaît au bout de 22 ans de détention, et les prélèvements sociaux au bout de 30 ans.

Faut-il vendre vite pour payer les droits ?

Non, et c'est la deuxième chose que presque personne ne sait.

Les droits sont dus au dépôt de la déclaration de succession, dans les six mois qui suivent le décès. Mais l'administration accorde des délais de paiement, à condition d'en faire la demande au moment du dépôt, jamais après.

  • Le paiement fractionné : les droits sont étalés sur un an, et jusqu'à trois ans si la succession comporte au moins 50 % de biens difficiles à vendre vite, comme un logement. C'est justement le cas d'une famille dont le patrimoine est une maison.
  • Le paiement différé : réservé à l'héritier qui ne reçoit que la nue-propriété d'un bien, il repousse le paiement jusqu'à six mois après le décès de la personne qui en gardait l'usage.

Ces délais coûtent 2 % d'intérêt pour les demandes déposées depuis le 1er janvier 2026, et demandent une garantie, le plus souvent une hypothèque sur le bien lui-même. C'est beaucoup moins cher qu'une vente faite dans la précipitation. Votre notaire formule la demande avec la déclaration.

Faut-il être riche pour s'y prendre à l'avance ?

On lit souvent que les grandes fortunes ont des montages, et que seules les familles ordinaires paieront. C'est faux pour l'essentiel des outils, qui sont publics, gratuits et ouverts à tous.

131 865 € par enfant, et ça recommence tous les 15 ans. C'est le seul chiffre à retenir. Il additionne deux exonérations qui se cumulent : 100 000 € sur ce que l'on veut (de l'argent, une maison, des actions), plus 31 865 € si c'est de l'argent.

Deux conditions, seulement pour la part en argent (31 865 €) : le parent doit avoir moins de 80 ans, et l'enfant être majeur. Passé 80 ans, il reste les 100 000 €.

Pourquoi deux dispositifs au lieu d'un seul ? Parce qu'ils ne servent pas la même chose. Les 100 000 € sont un abattement général : il vaut pour tout ce qu'on transmet, de son vivant comme à sa mort. Les 31 865 € sont une exonération à part, faite pour encourager la circulation de l'argent vers les générations plus jeunes. D'où ses conditions : de l'argent seulement, un enfant majeur, un parent de moins de 80 ans.

Le compteur repart tous les 15 ans, et il est le même pour les donations et pour la succession.

Un exemple sur une vie. À 65 ans, un parent donne 131 865 € à son enfant. Il meurt à 82 ans, soit plus de quinze ans après : le don est oublié par le fisc, l'abattement de 100 000 € est de nouveau entier, et l'enfant s'en sert au décès. Total transmis sans un euro de droits : 231 865 €, par un seul parent.

C'est bien par parent et par enfant : un couple de parents peut donner 263 730 € au même enfant tous les 15 ans.

À l'inverse, si le parent était mort moins de quinze ans après avoir donné 131 865 €, l'abattement de 100 000 € aurait déjà servi : son enfant serait taxé dès le premier euro.

Attention tout de même à un malentendu fréquent : ces quinze ans ne valent que pour l'impôt. Entre frères et sœurs, un don n'est jamais oublié. Au moment de la succession, il est recompté dans le partage pour que chacun reçoive sa part, même trente ans plus tard.

Donner sans payer de droits n'est donc pas la même chose qu'avantager un enfant. Pour avantager quelqu'un, il faut l'écrire : dans l'acte de donation, en précisant qu'elle est faite « hors part successorale », ou dans un testament. Et dans les deux cas, cela ne peut porter que sur la part dont vous disposez librement : la loi réserve à vos enfants la moitié de ce que vous laissez si vous en avez un, les deux tiers si vous en avez deux, les trois quarts à partir de trois. Le reste vous appartient, et vous en faites ce que vous voulez.

L'assurance-vie alimentée avant 70 ans : 152 500 € par bénéficiaire, quel que soit le lien de parenté. C'est aussi le seul outil qui permet de transmettre à un proche hors famille sans le taux de 60 %.

Le testament écrit à la main ne coûte rien et reste valable rangé chez vous. Il ne sert pas à payer moins, mais à dire qui reçoit quoi : tel meuble ou tel bijou à telle personne, une somme à un proche, une part plus grande à l'un dans la limite de ce que la loi réserve à vos enfants. C'est aussi le seul moyen de laisser quelque chose à un partenaire de PACS, à l'enfant de votre conjoint ou à un ami, qui n'héritent de rien sans lui.

Le seul dispositif vraiment réservé est le pacte Dutreil, qui sert à transmettre une entreprise familiale. Il ne concerne pas un livret et une maison.

Par où commencer, sans rien décider tout de suite ?

Trois choses ne coûtent rien, n'engagent à rien, et représentent déjà l'essentiel du travail.

  1. Écrire où sont rangés les papiers. C'est ce que vos proches chercheront pendant des semaines, et vous êtes le seul à le savoir.
  2. Vérifier qui est bénéficiaire de l'assurance-vie. Une clause écrite il y a vingt ans désigne parfois quelqu'un qui n'est plus le bon.
  3. Dire si un testament existe, et où il se trouve. Un testament que personne ne trouve ne sert à rien.

Le reste, y compris un éventuel rendez-vous chez le notaire, se décide beaucoup plus facilement une fois que ces trois réponses sont connues.

Le parcours EasyEnd rassemble ces trois réponses en quelques questions, et vous repartez avec une fiche claire à transmettre à vos proches. C'est gratuit, et rien n'est figé : vous pouvez y revenir quand vous voulez.

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Le guide complet : le barème, les six leviers légaux et un exemple chiffré

Foire aux questions

Les droits de succession vont-ils augmenter à cause de la dette ?

Personne ne peut le dire. Le barème entre parents et enfants n'a pas bougé depuis 2011, et plusieurs rapports publics proposent régulièrement de le réformer, dans un sens comme dans l'autre. Ce qui est certain, c'est que les règles d'aujourd'hui s'appliquent à ce que vous faites aujourd'hui : une donation déclarée fixe sa date, et le compteur de 15 ans part de là.

Combien mes enfants paieront-ils vraiment ?

Chaque enfant retire 100 000 € de sa part, puis paie de 5 à 45 % sur le reste, la tranche à 20 % couvrant presque tous les cas. Un enfant qui reçoit 250 000 € paie environ 28 200 €. En dessous de 100 000 € de part, il ne paie rien. Dans 85 % des successions, l'héritage passe sous ce seuil.

Mon conjoint devra-t-il payer des droits ?

Non. Le conjoint marié et le partenaire de PACS sont totalement exonérés depuis 2007. Attention toutefois : le partenaire de PACS n'hérite de rien sans testament, et le concubin n'est ni héritier ni exonéré, il est taxé à 60 %.

Les héritiers paient-ils des frais quand ils revendent la maison ?

Pas les droits de mutation. Ces 5,09 % à 6,32 % du prix, la part principale de ce qu'on appelle les frais de notaire, sont payés par l'acheteur. Côté plus-value, la valeur retenue comme point de départ est celle déclarée dans la succession, donc une vente rapide dégage le plus souvent un bénéfice imposable nul ou faible.

Peut-on payer les droits de succession en plusieurs fois ?

Oui, si la demande est faite au moment du dépôt de la déclaration. Le paiement fractionné étale les droits sur un an, et jusqu'à trois ans quand la succession comporte au moins 50 % de biens difficiles à vendre vite comme un logement. L'intérêt est de 2 % pour les demandes déposées depuis le 1er janvier 2026, et une garantie est exigée.

Peut-on déshériter un enfant en donnant tout de son vivant ?

Non. La réserve héréditaire garantit à chaque enfant une part minimale : la moitié du patrimoine avec un enfant, deux tiers avec deux enfants, trois quarts avec trois enfants ou plus. Les donations faites de son vivant sont réintégrées au calcul au moment de la succession pour vérifier que cette part a été respectée.

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Article rédigé par

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